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Courreaux de Groix

En Mai chaque année

Distance à parcourir : 35km
Embarcations : toutes yoles de mer

Il y a des randonnées d’exception, la randonnée de l’île de Groix en est une.
Vendredi 14h, départ de Brive avec 6 rameuses déjantées et un chauffeur “coyoté” jusqu’au slip. Je m’y joins (pas au coyote mais au minibus... merci !). Direction La Rochelle où nous attendent deux autres rameuses et un rameur à bizuter rando (il l’a échappé belle...) sans oublier le bateau auto-videur sur lequel il est prévu que je rame ce week-end.
Le minibus tracte pendant que la voiture des “La Rochelais” stoppe dans une crêperie nantaise à l’occasion d’un co-voiturage d’une rameuse de Blois depuis la gare de la ville. Arrivée de tout ce monde à dominante féminine au Formule 1 de Lorient vers minuit.
Gwen (Brive) pique un matelas dans la chambre de Philippe et de votre narrateur... comment les clients arrivent-ils à dormir avec tout ce raffut ?
Beau ciel étoilé, pas le temps d’entendre mon “co-chambre à air” ronfler... je rêve déjà de rame sur l’océan. C’est dans quelques heures...

Lever vers 8h... tranquille, petit déjeuner, c’est un formule 1 tip top bien fréquenté, avec même des chevaux qui apprécient mon herbe fraîche (mais non... n’allez pas imaginer des trucs !). Arrivée à Port Kerguélen (rien que ça !) vers 10h30, accueillis par nos ami(e)s breton(ne)s.
On prépare les yoles de mer, 150 rameurs sont là ! mamamia ! vlà des têtes connues, des rameurs déjà croisés ici ou ailleurs, à Vassivière ou au-delà. Je retrouve Mansour et sa moitié hyperactive Claudine de Fontainebleau, on cause boulot, eh oui, dans moins de 60 jours, ce n’est pas 35km de rame qui nous attendent sur deux jours comme ce week-end, mais 50 km par jour... pour 7 jours mini... tiens Maurice d’Orléans : tu vas bien ? voilà un appareil photo+numérique, le 1er prix de la tombola La Rochelle-Bayonne, merci de le faire passer à la chanceuse gagnante de ton club. Une bruxelloise lit mon dos de t-shirt et me parle du Mali qu’elle a suivi l’an passé. Bon Mireille, tu me l’achète quand mon bouquin ? Les brivistes se mettent rapidement à l’eau. De mon côté mon équipage me plaît, il ne tarde pas à partir pour le grand large : il y a Aurélie, l’organisatrice côté La Rochelle, quelle nana, genre pas découragée pour un sou ; Hervé le fameux à “bizuterquiyaéchappé” (désolé les filles, il n’est pas célibataire) ; Elisabeth, de Blois qui m’a battu pour la publication sur internet des photos (arggg) et fournisseur officiel de M&M ! ; Anne-France, aussi grande que votre Limougeaud, enfin quelqu’un à la hauteur... pour suivre l’amplitude (Dimanche : je vous avais dit de ne pas me mettre à la nage... ni à la barre d’ailleurs...). La traversée commence plutôt bien, notre bateau est dans le premier à atteindre 10km plus loin le cap de bonne espérance euh... pardon... un bout de l’île de Groix, style falaise sauvage ! Petite pause pour regroupement des bateaux, c’est cool d’être premier, on a le temps de prendre des photos, de causer, et le bateau d’à côté de draguer, voilà ce que c’est d’avoir des belles nanas sur sa yole. pfffff Calmez-vous les parisiens et autres régions d’excités primaires ;-) On est à contre-vent, et on reprend avec une légère houle de travers, la rame n’est pas brillante. Tous les barreurs se plantent, pas grave on avance et on longe les falaises. Magnifique. Je vois le large de l’océan, il me vient des envies de défis ! Allez autant que je vous l’annonce, j’imagine faire le tour de l’Irlande, 3500 km de rame... fou ? on verra...
Arrivée vers 16h sur une plage d’un petit port côté Ouest. Goûter... Philippe, viens prendre un café au bar, tu es en manque, ça se voit ! Aurélie plonge en bikini dans une eau pas claire : “té” folle ou quoi ? Et bien oui, les rameurs sont des gens un peu dingues. Les copains me passent la barre pour les deux derniers kilomètres à contre-vague... Monumentale erreur : j’encourage à chaque seconde l’équipage pour braver la houle (vont-ils me supporter ?). On remonte un paquet de yoles jusqu’au port principal de l’île (côté Est). C’est fini pour la rame du Samedi, 24km... On stocke toutes les yoles sur un morceau de cale. Une grosse “D’aboville”, je n’ose pas imaginer le poids de l’engin, accoste après nous, huit rameurs qui se “tapent” la causette (la position décalée des rameurs en pointe permet de se voir et que font donc des humains dans ces conditions : blablabla...). Demain, je leur demanderais de faire deux bornes avec eux, je n’aime pas la pointe, tant pis, c’est trop tentant.
Mais avant tout, ce soir, c’est douche, ballade et soirée. Enfin, il faut d’abord monter les tentes. Tiens Brive a oublié les chambres de leur immense “méga” toile de tente, ils vont être bien aérés sur ce terre-plein d’herbe proche d’un miniport situé à 800 mètres du débarquement. A l’apéritif, je me joins à la farandole des brivistes sur un air breton chantonné par un professionnel sur le son de sa guitare. J’adore ! Pleures pas Claudine : nos sangs celtiques nous rendent nostalgiques. On mange, on rigole, surtout avec Yves de Claouey, quel gaillard ! je n’en peux plus de rire. Les rameurs sont peut-être fous mais ils sont si sympas ! Je quitte la soirée un peu trop thématique (uniquement des danses pour couples) après tout de même avoir observé une chanson totalement et volontairement stupide de fourmis qui mangent des poissons... direction le port et ses cafés. Là c’est salsa pour certains et pour tous ou presque des bières. Joyeux anniversaires à une rameuse de Brive. Ca te fait quel âge déjà ? rhooo.
Dodo à minuit et demi ; je tente de localiser les 5 ronfleurs répartis aux points stratégiques du camping. Ont-ils fait exprès ? A 5h, on entend au loin une jeune habitante crier contre un garçon, sans doute indélicat ; ça réveille tous les oiseaux. A 5h30, je me lève, une douche par chance chaude. Je prends mon appareil photo, et direction le chemin littoral pour capturer la meilleure des lumières, la naissance du Soleil levant. A un détour d’un chemin, au pied d’un grand menhir, je rencontre un druide (pas de photo de celui-ci, on ne photographie pas un être magique ; mais le menhir oui !). Le druide m’offre une gorgée d’hydromel avant de me bénir. Il a invoqué les dieux et sans faire état de zêle, il me donne le courage, pour pas qu’il y ait de faille, pour rester grand et fier quand je serais dans la rame, ce n’est pourtant pas la première fois que je pars sur les flots... j’espère pourtant être digne de la tribu d’Aurélie... Sur l’océan (oh oh), j’ai pu entendre les échos, Sur l’océan (oh oh), de la yole fendant le vent et les vagues. Une incantation et de la magie, et me voici à marcher au milieu de feuillus, tiens une piste d’atterissage d’hélicoptère ; un chien ; des lapins ; des panneaux bizarres ; une première boulangerie dans le village : je goutte leur chocolatine, good ; tiens une seconde... je veux comparer, moins chère, moins bonne pfff que je peux être gourmant ! “Comme ces jours de de peine où l’homme se traîne..” ! Après deux heures de ballade, seul, calme, apaisé, petit déjeuner au camp de base. Y’a Port Marly devant moi (vous êtes loin de votre port vous !). Encore des têtes connues : le sérail. Une pomme... croc... et on démonte les tentes. Direction le port en bas. Toujours à 800 mètres de là... quand on aime, on ne compte pas. Option café farniente avec les brivistes. Mon équipage passe devant moi. Pas envie de m’endormir, je les accompagne pour une visite côté sud de la “ville”. Ferme intention de faire un immense parcours : on finit par trouver très vite une mini-plage, trop bien ; on s’allonge sur un caillou reluisant de diamants (il parait que l’île était réputée pour ses trésors de pierres précieuses). Ce sont des minutes que l’on ressent au plus profond de soi, des moments furtifs de bonheur intense. On partage les sons, les odeurs avec de nouveaux amis. Pas forcément besoin de parler, juste ressentir le calme, la plénitude, la joie d’être là, ensemble. Un oiseau nous regarde posé sur une pate. Désolés, nous n’avons que des M&M !
Il est déjà l’heure de reprendre la mer pour les deux kilomètres qui nous séparent d’une plage qui se déplace peu à peu (de quelques cm par an...). Je négocie ma place sur la “D’aboville”, la fameuse embarcation lourde que les vagues ne peuvent pas impressionner. Par contre, la façon de ramer m’enthousiasme, pas de coulisse, juste un banc, un rame bien lourde en bois lamellé collé, luxe. On peut discuter avec tout l’équipage tout en se regardant, le dos appuyé sur le plat bord. Ca, c’est de la rame ! des vikings ! Ils ne parlent qu’avec un “DEUX” voulant dire qu’il faut exécuter l’ordre précédemment annoncé. Les plaisanteries fusent sur ce Deux jusqu’à la plage “amovible” immense où un pique-nique est organisé. Mes mains ont souffert sur cette “barcasse”. Je suis admiratif devant cet équipage qui a ramé hier sur une telle distance ! Tous les rameurs sont au garde-à-vous quand une rameuse de “je ne sais quel club” plonge dans l’eau plus que dévêtue... je capture l’info Voici/Gala... photo censurée (désolé, j’ai demandé à l’interessée, elle a refusée toute publication... elle restera sur mon disque dur pour une soirée d’hiver entre amis rameurs en manque de sensation).
Sur la plage, on se met en rond, on “baffre”, on discute, plaisir d’être en vacances, pas de soucis, même si au loin on aperçoit la côte qu’il faudra bien rejoindre cet après-midi dominical... pas avant d’avoir fait sur le sable une sieste.
Mon équipage initial a décidé de me mettre à la nage... tant pis. Je m’adapte, eux aussi... ça trace, comme d’habitude. Je suis avec des marins, ça se sent. J’aperçois des voiliers, au loin, un beau deux mâts, magie encore. Je m’éclate, sur un bateau, je suis heureux. Dans ma tête, il y a la musique d’une jeune femme qui chante de sa voix mélodieuse rythmée par la houle et le son de la coque qui tape une grosse vague. La yole contourne un gros rocher devant la rade de Lorient, nous virons de bord, il reste deux kilomètres avant le retour en terre continentale. Sur la plage... mes doigts se sont écartés tout en lâchant mes rames, et le long de mes joues se sont mises à couler des larmes virtuelles. Déjà fini ! Le vent souffle toujours sur la Bretagne, mais moi, je suis rentré en Limousin en bonne compagnie. Dans deux semaines, je reverrais peut-être l’océan pour 90km de rame ! j’en rêve déjà !
Oui, il y a des randonnées plus exceptionnelles que d’autres mais il y a une constante : l’amour de la rame partagé. Vous n’avez pas vécu cela ? vous avez raté votre vie... et pas besoin de Rolex ! les rameurs ont le temps... le temps de la glisse et de toutes les Amitiés !

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Pour commander le livre, rendez-vous sur le site bagnagi.fr

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